Le Bisphénol A : c'est un constituant de certains plastiques dont on soupçonne depuis déjà plusieurs années d'avoir un impact sur la santé des consommateurs, et notamment celle des bébés par l'intermédiaire des biberons en plastique (voir cet article de Science & Avenir sur les maladies cardio-vasculaires, ou encore cet article sur ses effets neurologiques et endocriniens)...

Les chercheurs ont mis en évidence ses effets très néfastes à faible dose et des publications scientifiques en attestent. A Saint-Martin-du-Touch, près de Toulouse, une équipe entière de chercheurs du pôle de toxicologie alimentaire de l'INRA, baptisé TOXALIM, unique en Europe, étudie par exemple les effets du BPA sur la barrière intestinale.

En 2006 : l'EFSA (Autorité Européenne de Sécurité ALimentaire) a rendu son avis (négatif) sur la dangerosité du bisphénol A.

En 2008 : alors que le gouvernement canadien (toujours un train d'avance, ces Canadiens...) annonçait son intention d'interdire les biberons en plastique rigide (bisphénol A), la Direction Générale de la Santé (DGS, France) a saisi l'AFSSA pour :

- évaluer les quantités de bisphénol A transférables à l'aliment au cours du chauffage au four à micro-ondes de biberons en polycarbonates ;

- indiquer les mesures éventuelles à prendre en cas de risque de toxicité (modifier les conditions d'emploi du bisphénol A dans les matériaux alimentaires, ou informer les consommateurs de précautions particulières d'emploi de ces matériaux susceptibles d'être chauffés).

Etonnament (!), en conclusion de son étude de 2008, l'AFSSA a confirmé l'avis de l'EFSA : les estimations d'exposition seraient inférieures à 30% de la DJT (Dose Journalière Tolérable, une valeur issue de tests sur les animaux et arbitrairement multipliée par 100 pour définir un seuil de dangerosité pour l'homme...), ce qui resterait largement inférieur à la dose maximale acceptable sur le plan toxicologique.

En février 2010 : Dans un nouvel avis publié officiellement, l'AFSSA révèle qu'elle a décelé 'des niveaux d'alerte' dans de nouvelles études sur le bisphénol A, et décide de poursuivre son travail d'expertise pour essayer de les comprendre. En parallèle, l'agence américaine de sécurité des aliments et des médicaments (FDA) soutient l'initiative des industriels américains de ne plus utiliser de bisphénol A dans les récipients contenant des aliments pour bébés.

En mars 2010 : Le Sénat (France) adopte un texte de loi suspendant la commercialisation des biberons contenant du Bisphénol A. Tout en se déclarant 'plutôt favorable' à l'amendement, Roselyne Bachelot, alors ministre de la Santé (eh oui...), émet deux réserves : un risque de contentieux avec l'UE, et l'insuffisance des études menées jusqu'alors sur l'innocuité du Bisphénol A (il lui fallait encore 10 ans d'études peut-être ???)

En juin 2010 : Le Parlement (France) interdit par un ultime vote assez consensuel de l'Assemblée nationale, la fabrication et la commercialisation de biberons contenant du bisphénol A, mais refuse une interdiction de tous les plastiques contenant ce composé chimique.

En septembre 2010 : L'Agence européenne pour la sécurité des aliments (EFSA) tolère une dose journalière de bisphénol A à 0,05 mg/kg de poids corporel et a donc affirmé le 30 septembre 2010 que ce produit ne présente pas de risque pour la santé.

Pourtant la France et le Danemark ont décidé d'interdire la fabrication et l'utilisation du bisphénol A. La secrétaire d'état à l'écologie, Chantal Jouanno, déclare : "La priorité, c'est la protection des bébés, très fragiles". "Les études montrent non seulement une possible contamination par le lait maternel, voire de la mère au fœtus puisque le BPA traverse la barrière placentaire" et "soulignent une migration des biberons vers le lait lorsqu'ils sont trop chauffés." "On maintient donc leur interdiction", ajoutela ministre. Les biberons au BPA peuvent être remplacés par des biberons en verre.

En 2011 :   Les pays membres de l'Union européenne ont confirmé une décision du 25 novembre 2010 par la publication de la directive 2011/8/UE du 28 janvier 2011. Ce texte interdit la mise sur le marché et l'importation de biberons contenant du BPA, à compter du 1er juin 2011.

Ma conclusion : encore une démarche pour préserver la santé des consommateurs sacrément longue et fastidieuse ! Je doute sincèrement de l'indépendance de l'EFSA, plus à l'écoute des lobbies industriels que soucieuse de notre santé...Et dire que cet organisme est également responsable des AMM (Autorisations de Mise sur le Marché) des OGM...